Dati veut exclure les juges du surendettement
Actualité du (2008-11-07) - Information originale sur Florent Pommier (ECOP89), en partenariat avec Conso.net
•Si le projet de Rachida Dati aboutit, les juges n'auront plus de droit de regard sur les décisions des commissions de surendettement, ce qui peut jouer contre les personnes concernées.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes: les juges, dont le rôle est crucial dans le processus de traitement du surendettement en France, ne chôment pas. Près de 183 000 nouveaux dossiers ont été déposés en 2007 auprès des commissions de surendettement de la Banque de France, 779 000 cas ont été traités entre juillet 2003 et juin 2008 (voir le baromètre du surendettement de la banque de France).
Désencombrer les tribunaux
Actuellement, les juges doivent homologuer toutes les propositions des commissions (rééchelonnement, remboursement partiel, effacement partiel ou total des dettes des particuliers) et trancher en cas de contestation.
Mais ils pourraient bientôt ne plus avoir à le faire dans la majorité des dossiers, comme l’a proposé, le 29 octobre, la ministre de la Justice Rachida Dati. Elle souhaite que les commissions de surendettement n’aient plus besoin de l’homologation finale du juge pour que leurs décisions s’appliquent. C’est une rupture.
Pour justifier cette mesure, la garde des Sceaux évoque l’encombrement des tribunaux provoqué par la multiplication, depuis cinq ans, des plans de rétablissement personnel (PRP), procédure de "faillite civile" en faveur des ménages dont la situation financière est "irrémédiablement compromise" (selon les termes de la loi du 1er août 2003).
Le nombre des PRP a quasiment doublé entre 2004 et 2007 -passant de 15 000 à 28 000-, provoquant un allongement du délai moyen de convocation à l’audience d’ouverture de la procédure: environ cinq mois actuellement. "Trop long", tranche la ministre. A terme, les juges garderaient la main sur les PRP, mais ne pourraient plus contrôler le travail des commissions de surendettement pour les cas plus classiques.
Des risques pour les consommateurs
Plusieurs questions sont soulevées par ce projet: n’est-ce pas un danger de supprimer le contrôle judiciaire avant une décision de cette importance? Les accords finalement conclus dans les commissions risquent d’être plus défavorables qu’aujourd’hui sur le plan économique et moins respectueux des règles. Les consommateurs en pâtiraient.
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Dati veut exclure les juges du surendettement: attention danger
Par Florent Pommier | Journaliste | 07/11/2008 | 16H04
Si le projet de Rachida Dati aboutit, les juges n'auront plus de droit de regard sur les décisions des commissions de surendettement, ce qui peut jouer contre les personnes concernées.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes: les juges, dont le rôle est crucial dans le processus de traitement du surendettement en France, ne chôment pas. Près de 183 000 nouveaux dossiers ont été déposés en 2007 auprès des commissions de surendettement de la Banque de France, 779 000 cas ont été traités entre juillet 2003 et juin 2008 (voir le baromètre du surendettement de la banque de France).
Désencombrer les tribunaux
Actuellement, les juges doivent homologuer toutes les propositions des commissions (rééchelonnement, remboursement partiel, effacement partiel ou total des dettes des particuliers) et trancher en cas de contestation.
Qui compose la commission de surendettement?
Une commission de surendettement est composée de six membres: le préfet, qui la préside, le trésorier-payeur général, le directeur départemental des services fiscaux, un représentant local de la Banque de France, un représentant des organisations de consommateurs, un représentant des établissements de crédit et des entreprises d’investissement.
Mais ils pourraient bientôt ne plus avoir à le faire dans la majorité des dossiers, comme l’a proposé, le 29 octobre, la ministre de la Justice Rachida Dati. Elle souhaite que les commissions de surendettement n’aient plus besoin de l’homologation finale du juge pour que leurs décisions s’appliquent. C’est une rupture.
Pour justifier cette mesure, la garde des Sceaux évoque l’encombrement des tribunaux provoqué par la multiplication, depuis cinq ans, des plans de rétablissement personnel (PRP), procédure de "faillite civile" en faveur des ménages dont la situation financière est "irrémédiablement compromise" (selon les termes de la loi du 1er août 2003).
Le nombre des PRP a quasiment doublé entre 2004 et 2007 -passant de 15 000 à 28 000-, provoquant un allongement du délai moyen de convocation à l’audience d’ouverture de la procédure: environ cinq mois actuellement. "Trop long", tranche la ministre. A terme, les juges garderaient la main sur les PRP, mais ne pourraient plus contrôler le travail des commissions de surendettement pour les cas plus classiques.
Des risques pour les consommateurs
Plusieurs questions sont soulevées par ce projet: n’est-ce pas un danger de supprimer le contrôle judiciaire avant une décision de cette importance? Les accords finalement conclus dans les commissions risquent d’être plus défavorables qu’aujourd’hui sur le plan économique et moins respectueux des règles. Les consommateurs en pâtiraient.
L'association nationale des juges d'instance estime aussi qu'il y a un risque de déséquilibre si les commissions de surendettement prennent seules les décisions. Anne Caron-Deglise, membre du bureau de l'association nationale des juges d'instance et conseillère à la cour d'appel de Paris, plaide ainsi:
"Il faut un regard du juge sur les conditions de négociations du rééchelonnement des dettes. Nous devons vérifier si les propositions sont conformes aux textes. Aujourd'hui, nous recadrons les choses en cas de souci."
Et de conclure : "On ne peut pas être d'accord avec Mme Dati".
Ne faut-il pas en profiter aussi pour réduire le délai de dix ans des plans de remboursement? Ce délai est souvent jugé trop long, car il empêche les ménages de reprendre rapidement pied dans la vie économique. Certains spécialistes préconisent un échelonnement sur cinq ans. |